Namibie: la ferme de Franziska et Peter

Pour arriver dans la ferme de Franziska et Peter, il faut prendre la C19, puis au panneau du vautour, quitter la piste et rouler 12km à travers des terrains privés. De loin, de très loin, on voit des arbres, c’est là que se situe leur maison… Dans une propriété de 10km sur 20km.

De la Namibie, on nous avait dit que les grosses fermes étaient détenues par des Blancs. On avait bien-sûr imaginé les fermiers du coin comme de riches propriétaires terriens, armés et racistes, se partageant un pays même pas à eux, et exploitant les pauvres namibiens de souche en les faisant trimer aux travaux ingrats pour quelques malheureuses cacahuètes. Nous arrivions donc dans cette ferme avec un contrat simple, tailler quelques buissons en échange d’une place pour notre Coco, et un bon gros cliché que nous aurions bien vite oublié.

Nous arrivons. 3 chiens nous accueillent la queue battante! Ca commence bien. Franziska et Peter sortent à leur tour, nous souhaitent la bienvenue et nous indiquent où nous pouvons nous poser. C’est beau comme une ferme: il y a des pneus et des bidons rouillés, des clôtures et des barrières bricolées mais aussi des beaux arbres, des poules, des chèvres et un potager.

Nous installons la Coco au soleil, les arbres tout autour, puis nous allons à la découverte de la ferme. Nous retrouvons Franziska devant les chèvres, c’est un signe… Elle nous présente son petit monde. Quelques chèvres laitières, qui devraient commencer à à mettre bas ces jours-ci. Un bouc castré pour la viande, dont elle nous dit qu’il va falloir un jour s’en « occuper », tout en le caressant d’un geste habitué. Elle a 5 vaches mais elle ne les a pas vues depuis plusieurs jours, elle s’inquiète car des vols de bétail ont eu lieu ces dernières années.

La grand mère de Franziska est venue d’Allemagne dans les années 20, fuyant la pauvreté. C’est elle qui a bâti cette ferme. Franziska y a grandi. Elle est ensuite partie faire ses études en Allemagne, travailler dans la réinsertion de jeunes citadins en difficulté. Puis elle est revenue en Namibie, où elle a rencontré Peter, anglais né au Pérou, qui était guide de faune sauvage en Afrique australe. Lorsque son frère est décédé, c’est à elle que revenait la ferme. Elle y est revenue avec Peter. Lorsqu’on demande à Peter ce qui l’a mené en Namibie, il répond: « Pas de villes, pas de routes, pas de gens… C’est là que je voulais vivre. » Peter n’y voit plus bien, il doit voir un ophtalmo (à la capitale , Windoeck, 450km), mais il attend d’être vacciné pour y aller. Le premier médecin est à 160km. Les premiers voisins-amis à une heure de route. Il faut la choisir cette vie là!

Franziska et Peter ne sont pas riches. La ferme est aujourd’hui surtout une occupation et un petit revenu pour leur retraite. Mais ils sont passionnés de cette vie de Paysan: avoir envie de vivre sur son lieu de vie, et essayer d’en vivre. La vie quoi! Franziska vend les oeufs de ses poules nous dit-elle. Elle nous en donnera une douzaine chaque jour, et on se demandera plus tard à qui elle peut bien les vendre. Les années de sécheresse n’ont pas rendu la vie facile dans ce presque désert. Le cheptel, domestique et sauvage (les vaches et moutons y côtoient allègrement oryx, autruches et springbocks), s’est raréfié. Avoir 20 000 hectares n’est pas très utile lorsqu’il n’y a plus rien à y manger…

Le deuxième jour, Franziska nous montre quel sera notre travail: Tailler les buissons qui menacent de fermer une des pistes 4×4 qui lui permet de circuler dans son vaste terrain.. Elle nous prévient que c’est un boulot sans fin. Ils auront repoussé le temps de s’occuper d’un autre secteur. Aux jumelles, elle scrute l’horizon pour tenter de retrouver ses vaches, 2 noires et 3 marrons nous dit-elle, nous les chercherons aussi…

Le soir du troisième jour, alors que nous charrions des sacs de haricots sauvages à la brouette pour assurer une petite complémentation aux chèvres pour leur allaitement imminent. nous apercevons, derrière le terrain de la Coco, 10 yeux, 20 pattes, 10 cornes, deux noires, trois marrons: les vaches!!! Nous les cherchions aux limites de la propriété, et elles sont là, à 20 mètres de nous, ruminant tranquillement! La nuit les vaches repartent, les chouettes hululent, les chacals hurlent, les chiens répondent. Au petit matin, les oiseaux font leur vie autour de la Coco, nous sommes ravis!

Le quatrième jour, le premier chevreau de la saison est né. La mère est blanche, le bouc présumé était blanc, mais le chevreau est noir. Franziska en rit, mais ça va jaser dans la chèvrerie! Le soir, nous fêtons ça tous ensemble autour d’un délicieux gigot de chèvre.

Le cinquième jour, nous finissons de débroussailler la piste. Il est temps pour nous de reprendre la route. La réalité sur les fermes de Namibie nous est encore inconnue, mais nous avons rencontré Franziska et Peter, et nous nous sommes fait des amis!

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